«L'étirement est un mythe»

S’étirer partout et en toute occasion, au feu rouge ou bien sur un banc. Le stretching permet-il de mieux récupérer? Jürgen Freiwald, médecin du sport, nous réserve une réponse surprenante.

Jürgen Freiwild*, les exercices d’étirement sont-ils à la base d'une récupération meilleure et plus rapide?

Notre interlocuteur*

Le Prof. Dr Jürgen Freiwald est directeur de l’institut de recherche en sciences de l’exercice et de l’entraînement auprès de l’Institut des sciences du sport de l’université de Wuppertal D. Il a encadré différentes équipes de première division de la Bundesliga allemande (entre autres Hannover 96; FC Schalke 04) ainsi que des clubs de première division d’autres sports (handball). Il a écrit de nombreux livres et articles scientifiques pour des journaux internationaux, entre autres sur les thèmes de la récupération et du stretching.

Non. L’étirement favorise essentiellement la souplesse. A priori, cela n’a rien à voir avec la récupération. Bien au contraire: si vous passez directement à l’étirement après un entraînement intense par peur des courbatures, vous pouvez même les renforcer.

Pour quelle raison?

Après l’entraînement, vos muscles sont meurtris, les fibres musculaires présentent d’infimes déchirures. En vous étirant, vous exposez vos muscles à un effort supplémentaire. Vous pouvez vous imaginer dans quelle mesure cela favorise la récupération et la prévention des courbatures. 

Vous déconseillez donc l’étirement?

Je ne veux pas le formuler ainsi. Il existe des sports où les exercices d’étirement ont simplement lieu d’être parce qu’ils renforcent la souplesse. Par exemple la gymnastique sportive rythmique ou la course d’obstacles. Toutefois, la majeure partie des sportifs de loisirs ne tire aucun bénéfice du stretching, même si celui-ci n’a pas d’effets préjudiciables.

 

Bon pour la souplesse, inutile pour la récupération

L’étirement est-il un mythe?

Un mythe qui perdure! En fin de compte, chacun doit savoir si cela lui apporte quelque chose. C’est le cas dans le domaine du mental. A l’issue d’un entraînement intense, les exercices d’étirement peuvent contribuer à la relaxation mentale. C’est pourquoi ils font généralement partie intégrante des techniques de détente telles que le yoga. Les exercices d’étirement après l’entraînement permettent de réduire progressivement le rythme de l’effort. 
 

Beaucoup d’efforts pour rien?

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Préparation optimale à des efforts physiques extrêmes

Des exercices d’étirement peuvent s’avérer nécessaires lorsqu’il s’agit de préparer la musculature et le tissu conjonctif à des efforts physiques extrêmes.

Je compare volontiers l’étirement avant et après l’entraînement à un médicament que vous prenez le matin contre le mal de tête et le soir contre la diarrhée. Vous utilisez un seul et même médicament pour des besoins totalement différents. C’est ce dont il faut avoir conscience.
 

Dans quels cas les exercices d’étirement peuvent-ils être utiles?

 

Comme je l’ai dit précédemment, il existe des sports pour lesquels il est indispensable de préparer les muscles et les tissus à des sollicitations élevées. Dès lors qu’il s’agit de favoriser la souplesse, l’étirement est sans aucun doute un moyen adéquat. Je pense aux personnes âgées, mais aussi aux sportifs qui se trouvent en rééducation après une blessure et souhaitent retrouver leur agilité initiale.
 

Faut-il préconiser l'étirement à titre prophylactique?

Prophylaxie et étirement vont de pair. L’être humain possède plus de 400 muscles. Certains d’entre eux ne sont pas ou rarement sollicités sur toute l’amplitude des mouvements. Il est donc tout à fait indiqué d’étirer ces muscles le plus souvent possible pendant quelques secondes. Mais comme je l’ai dit, cela ne permet pas d’améliorer ni d’accélérer la performance ou la récupération.
 

Quelles mesures de récupération jugez-vous beaucoup plus efficientes en tant que scientifique du sport?
 

Un sommeil réparateur et une alimentation équilibrée sont l’alpha et l’oméga pour retrouver une bonne performance. Les jeunes sportifs, en particulier, ont tendance à négliger le repos nocturne et à mal se nourrir. Trop de shakes protéinés, par exemple, peuvent provoquer des calculs rénaux. Les boissons énergisantes tant appréciées augmentent sur le long terme le risque de maladies psychiques et neurologiques. En revanche, un étirement excessif ou erroné ne sert simplement à rien, mais il ne cause pas non plus de dommages.

Publié le 29.05.2017,

de Flavian Cajacob


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