Un roupillon sur son lieu de travail

Notre chroniqueur s’essaie au grand art de la sieste éclair. Il ne trouve guère le sommeil dans la salle de repos de son employeur. Mais de l’argent, oui.

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Lukas Hadorn

Lukas Hadorn (39), père de deux enfants, travailleur indépendant et pendulaire, est certainement le représentant idéal de l’exposition au stress liée à l’environnement. C’est pourquoi il est toujours à la recherche de nouvelles idées dans la jungle des techniques de relaxation.

Lors du déjeuner, un ami m’a parlé récemment de sa méthode de relaxation inhabituelle: quand le stress du bureau est trop important, il se rend dans le parking souterrain et s’installe dans la cabine de son camping-car, qu’il a auparavant garé sur sa place de parking par précaution, alors qu’il se rend au travail en bus. En gardant ses chaussures, son costume et sa cravate, il s’allonge, fait un petit somme de dix minutes, pour retourner ensuite dans les étages supérieurs, l’esprit vif et plein d’une énergie nouvelle. Son employeur lui propose bien une salle de repos, mais mon ami dit ne pas l’utiliser volontiers car la pause y ressemble alors à un rendez-vous professionnel.

Malheureusement, je n’ai à ma disposition ni propre place de parking ni camping-car, mais l’idée de la sieste éclair pour me relaxer et régénérer mes forces créatives m’a séduit. Une brève recherche sur Internet m’apprend que la science est à peu près unanime quand au moment et à la longueur de cette sieste. Elle devrait de préférence se situer entre 13 h et 16 h, pour une durée idéale de 10 à 30 minutes. Si l’on dort plus longtemps, on risque alors de se sentir encore plus lessivé et chiffonné qu’avant cette petite pause.

Une foule de préjugés

Très bien, passons à l’horizontale! Reste à savoir où je peux m’allonger. Je n’ai pas d’autre choix que la salle de repos de mon employeur. Je constate que dans ma tête, ce lieu est entaché d’une foule de préjugés. On y est sûrement à l’étroit, dans une atmosphère étouffante, probablement dérangé au bout de quelques minutes et il faut certainement changer de place parce que l’on a oublié de remplir un document ou de réserver quelque chose. Une chose est sûre, on peut tout faire, sauf s’y relaxer.

Par chance, en tant que chroniqueur de la relaxation, je suis en mission officielle, raison pour laquelle je surmonte mon aversion diffuse et me réserve, via un rendez-vous Outlook, une place sur la chaise longue bleue. A mon grand étonnement, les quatre chaises longues sont libres quand je pénètre dans la petite pièce dans une semi-obscurité. A l’entrée, j’indique que ma chaise longue est occupée, puis je tire le rideau derrière moi. L’équipement est spartiate mais pratique. Une chaise longue ergonomique en plastique, deux coussins, une petite table en liège. Propre, pour autant que je puisse en juger dans la lumière blafarde traversant par une petite fenêtre sous la fenêtre.

Point de sommeil, mais de l’argent

Evaluation

Facteur de relaxation: 4
Coût/Profit: 2
Potentiel addictif: 2

Échelle: de 1 à 5

Je suis malgré tout confronté à un problème pratique: comment sortir du sommeil au bout de 15 minutes sans réveiller mes collègues dans les autres couchettes, même s’ils ne sont que de nature purement hypothétique dans le cas présent? Je rumine sur cette question, ce qui me fait perdre les cinq premières minutes de repos. Autre problème: la faible largeur de la chaise longue, plutôt confortable par ailleurs: que faire de mes bras? Je les coince sous mes fesses, dans ma ceinture, dans mes poches de pantalon, mais tout ça n’est pas très propice à la détente. Finalement, je les laisse pendre sur la moquette, mes pensées tournant alors pendant cinq minutes supplémentaires sur la population microbiologique de cette dernière.

Pour clore brièvement cette longue description: je ne m’endors pas. Néanmoins, il est très relaxant d’être allongé dans cette salle obscurcie et d’écouter la ventilation qui bourdonne doucement. L’endroit est frais et calme. Lorsque je me lève, je découvre sur le sol une pièce d’un franc qui a dû tomber de la poche de mon prédécesseur. Je comprends immédiatement ce signe du destin et j’empoche l’argent en hochant la tête. Voyons voir ce que coûte un camping-car.

de Lukas Hadorn


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